Une brève histoire des notes sur SensCritique

100 millions d’avis c’est beaucoup. 192 000 films aussi. C’est ce qu’on trouve sur SensCritique, et parfois on peut s’y perdre (et aimer ça pour certains. On ne juge personne).

La rentrée, c’est aussi l’occasion de prendre un peu, voire beaucoup de recul sur les chiffres :

128 ans depuis l’invention du Kinétoscope par Thomas Edison.

124 ans depuis celle du cinématographe par Louis et Auguste Lumière et la projection au Salon indien, dans le sous-sol du Grand Café, à Paris de “La sortie des usines Lumière”.

Pour cela, nous nous sommes intéressés à l’évolution du nombre de films et à la variation des notes de 1900 à 2018 sur le site SensCritique (cf. méthode en fin d’article*).

Par ailleurs nous allons ensuite étudier plus particulièrement un genre emblématiques du 7e art : le Western.

Observons en préambule les notes moyennes de 10 genres sur la période 1900–2018

La moyenne historique des films sur SensCritique est de 5,87/10.

Les Films noirs et les Biopics se démarquent positivement (respectivement 7,1 et 6,4). A l’inverse des films d’Épouvante-horreur (5,1), d’Action (5,3) et de Science-fiction (5,3).

Sur les 28k films étudiés (long-métrages de fiction ayant au moins 20 notes), les plus représentés sur la période sont les Drames (10k) puis les Comédies (6k) et les Thrillers (4k) et les plus rares sont les Westerns (633) et les Films noirs (133).

Voyons maintenant comment évolue la notation moyenne des films selon leur date de sortie française. La baisse structurelle est majoritairement explicable par des biais, mais il est intéressant de noter les variations entre les périodes ou les années. On remarque notamment les belles années 1938–39–52–73–92–2006 et les creux de 1985 et 2009.

La tendance baissière depuis le début des années 1990 semble s’être inversée à la fin des années 2000.

Comme évoqué précédemment, la croissance du nombre de films qui passent dans le radar est exponentielle et cela amène à relativiser la chute de la moyenne dans le temps au vu des deux raisons suivantes :

1- les spectateurs sont plus sélectifs quand ils regardent des films anciens

2- Nous avons tendance à prendre plus de risque et à être moins regardants sur la qualité des films contemporains car nous en voyons davantage.

FOCUS SUR LE WESTERN

Ainsi, pour commencer notre étude des différents genres, nous avons décidé de nous lancer avec le genre emblématique du Western, et de soulever deux questions :

  • Parmi les films sortis chaque année, quelle est la proportion de Westerns ?
  • Comment évolue historiquement la note moyenne des Westerns par rapport à la note moyenne des films en général ?

EVOLUTION DU POIDS DU WESTERN SELON LES EPOQUES

Le pic historique a lieu en 1950 avec 16% des films qui sont des Westerns (15/93). La moyenne sur la décennie 1950 est de 11,4%. Dans les années 2010, ils représentent moins d’1% (49/8298). On remarque bien les deux périodes fastes des Westerns qui s’enchaînent dans les années 1950 (Hawks, Sturges, Mann) et 1960–70 (Sergio Leone).

Aujourd’hui, beaucoup moins de Westerns sont tournés, mais certains se démarquent par leur qualité. On pense par exemple à :

  • Django Unchained (2012, note de 7,8/10)
  • True Grit (2010, 7,1)
  • Les Frères Sisters (2018, 7).

Les genres qui ne sont pas “à la mode” ont-ils davantage de chances de sortir d’une logique commerciale pour privilégier l’artistique et le message du réalisateur ou au contraire ne bénéficient-ils pas de l’attention des meilleurs et des financements nécessaires ?

La question se pose pour le Western. La tendance du genre dans les années 1950 ressemble d’ailleurs à celle des films de Super-Héros aujourd’hui :

  • Quelques films avant-gardistes et très appréciés qui créent une tendance
  • S’en suit une offre de plus en plus importante de films du genre
  • La qualité moyenne semble diminuer et le déclin s’enclenche.

Cela n’est pas définitif car un nouveau cycle peut débuter après une respiration. C ‘est ce que montre le Western qui a retrouvé un souffle avec la trilogie du dollar de Sergio Leone.

Bien entendu, cela n’épuise pas l’explication et il y aura toujours des ovnis et des contres-exemples. C’est le principe même du cinéma de surprendre.

Une course en avant vers toujours plus de films au détriment de la qualité ?

L’hyper-offre de films à voir touche davantage certains genres dont la proportion dans le choix global de films augmente au fil des années (Biopics, Thrillers, Epouvante-Horreur) et (on s’y attendait) cela impacte à la baisse la note moyenne des films.

Cet article n’entend pas entrer dans les détails de l’analyse des causes de cette chute de la note moyenne des films (mis à part les causes “structurelles” que sont la hausse du nombre de films et la hausse de “sélectivité” des films anciens que l’on voit. On peut se faire un plaisir coupable ou prendre des risques sur les films récents mais en général lorsque l’on remonte le temps, c’est pour se tourner vers les classiques du cinéma).

On remarque également qu’il semblerait que l’on soit plus durs avec certains genres qu’avec d’autres qui ont davantage la carte. Cela explique notamment qu’une bonne Comédie française soit généralement moins bien notée qu’un bon Animé japonais.

Pour conclure, nous observons un regain de qualité ces dernières années, et on espère que ça va durer. En cette période un peu floue pour le cinéma ça nous donne de l’espoir.

On en reparle en 2137. D’ici là n’hésitez-pas à vous promener sur notre Explorer pour parcourir les genres et les époques et à nous dire en commentaire quel genre vous aimeriez voir traité par la suite.

MD

*La méthode :

Sans rentrer dans les détails, nous voulons clarifier notre méthodologie sur les points suivants :

Source : données SensCritique sur les longs métrages de fiction avec au moins 20 notes de 1900 à 2018 inclus. Nous considérons ici uniquement les films de fiction. Notre étude se porte donc sur 27 263 films.

Biais observés. La sélection des films ayant au moins 20 notes sur le site crée bien entendu un biais :

  • Aujourd’hui n’importe quel film est référencé et à ainsi plus de chances d’être vu et noté. Cela explique en grande partie la hausse du nombre de film et aussi la chute de la note moyenne au fil des ans car on a tendance à ne voir que les meilleurs films du passé.
  • Les membres SensCritique ne sont pas un reflet parfait des spectateurs. Ils ont heureusement leurs tropismes.
  • Le résidu de l’explication réside dans une offre de films toujours plus importante et cela influe sur la qualité moyenne des films. Mais ce n’est pas le sujet de cet article.